L'Art nouveau 1900

L'art nouveau

L’Art Nouveau est plus ou moins contemporain du mouvement Arts and Crafts et des mouvements modernistes. Le style n’avait pas de credo particulier et prit des chemins très variés. Bien qu’il s’étendit à tous les domaines de l’activité artistique, il appartient avant tout aux arts décoratifs. Tout comme le mouvement Arts and Crafts, il eut l’avantage de faire revivre l’artisanat ; l’Art Nouveau est véritablement le style du concepteur individuel, s’appuyant sur le travail de l’homme et non sur celui de la machine. Alors même que ce mouvement international se répandait et obtint un réel succès en tant que style de l’avant-garde, il reçut une légion de noms différents selon le pays qui l’adoptait, chaque nom suggérant une visée légèrement différente, mais tendant à définir un même but, à savoir l’expression d’une réalité organique.

Au début du phénomène en France, la désignation la plus commune était simplement style moderne. Toutefois, à partir de décembre 1895, à l’ouverture de la Maison de l’Art Nouveau au 22 de la rue de Provence à Paris, premier magasin de S. Bing, natif de Hambourg, qui s’était jusque-là surtout intéressé à l’art japonais, le mouvement reçut définitivement son appellation Art Nouveau. Bien que les Français donnèrent au style une coloration propre, le reste des pays touchés par le phénomène adoptèrent bientôt le terme d’Art Nouveau également, exception faite des pays germanophones qui demeurèrent fidèles au nom de Jugend.

L’Art Nouveau, en vigueur entre 1895 et 1905, connut son point culminant autour de 1900 et se situe à la charnière entre l’historicisme et l’émergence du mouvement moderniste ; fruit d’une réaction sociale d’envergure, l’Art Nouveau marque la fin d’un époque et le début d’une ère nouvelle. Les innovateurs s’écartèrent résolument des sentiers battus et, jetant des bases nouvelles, ils se libérèrent de la tradition et se lancèrent dans une quête consciente de la nouveauté, dont les dérives ne manquèrent pas d’extravagance.

Sans conteste, la contribution la plus importante de l’Art Nouveau dans le domaine de la décoration intérieure fut de rétablir la notion d’unité dans la conception des intérieurs. Si une certaine attitude anti-historique prévalait largement, la recherche d’unité est donc également un trait fondamental de l’Art Nouveau. Toutefois, le style n’échappe pas à certains parallèles avec la tradition, en particulier gothique, rococo et baroque ; le gothique servit ainsi de modèle théorique, le rococo d’exemple dans l’application de l’asymétrie et le baroque de source d’inspiration en matière de conception plastique des formes. De son côté, l’art coloré du Japon, par son traitement hautement linéaire des volumes, contribua également massivement à l’émancipation de l’Art Nouveau de l’asservissement à la symétrie des ordres grecs.

Le bois prenait des formes étranges et le métal, à l’imitation des entrelacements fluides de la nature, devint tortueux. En effet, en fin compte, le style est très largement basé sur l’observation de la nature, non seulement en ce qui concerne l’ornement mais aussi d’un point de vue structurel. Des lignes vitales, sensuelles et ondoyantes, irriguent la structure et en prennent possession. Chaises et tables semblent être modelées dans une matière à la mollesse caractéristique. Partout où cela est possible, la ligne droite est bannie et les divisions structurelles sont cachées au bénéfice de la ligne continue et du mouvement. Les plus belles réussites de l’Art Nouveau, au rythme linéaire marqué, relèvent clairement d’une harmonie qui les rapprochent de l’ébénisterie du XVIIIe siècle.

En France, l’Art Nouveau se déclina en deux écoles, l’une à Paris autour de Bing et son magasin, la deuxième à Nancy sous la conduite d’Emile Gallé (1846-1904). C’est à Nancy que les affinités entre rococo et Art Nouveau apparaissent de la manière la plus convaincante. Moins fascinant mais faisant partie des personnalités artistiques les plus en vue de l’époque, Louis Majorelle (1859-1926) est clairement le deuxième chef de file du courant Art Nouveau à Nancy. Le point fort de Gallé était les travaux d’incrustation, variant beaucoup les motifs, allant du végétal aux inscriptions littéraires à contenu symbolique. Typique pour la production de ce maître est la transformation d’éléments structurels en tiges ou en branches se terminant en fleurs. Contrastant avec l’école de Nancy, l’Art Nouveau parisien est plus léger, plus raffiné et austère. Les motifs d’inspiration naturelle présentent un degré de stylisation plus grand, parfois même une certaine abstraction, et apparaissent de manière marginale.

Le mouvement de rejet dont l’Art Nouveau fut assez rapidement victime s’explique par l’attention portée par les artistes à l’ornement. Etant intimement convaincus de la nécessité de l’ornement, ils cherchèrent une forme susceptible de l’accueillir. Progressivement, cependant, ils abandonnèrent ce style et cherchèrent à promouvoir une nouvelle tendance, suite à la prise de conscience que la solution au problème stylistique du XIXe siècle, posé par l’arrivée de nouveaux matériaux et des changements sociaux radicaux, résidait dans des principes de nature structurelle, à savoir dans la simplicité des formes et dans l’acceptation des matériaux et des procédés de production en tant que tels. C’est ainsi que les problèmes d’ordre décoratif furent relégués au second plan et que les recherches formelles prirent de nouvelles voies.

 
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